En ligne sur http://henribisson.canalblog.com
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' Jusqu'à sa 6ème année, Riopelle
fréquente une classe privée qu'une dame du quartier a
aménagé dans son salon. Mais, en 1936, il quitte ce
petit monde privilégié pour St-Louis-de-Gonzague, un
établissement publique construit tout près de chez
lui. Il aura bientôt 13 ans. Son entrée à
l'école publique marque le premier tournant dans sa vie.
À St-Louis-de-Gonzague, il fait en effet la connaissance
d'un petit professeur à moustache, à l'allure
vaguement chapelinesque, vif d'esprit et inventif, qui est
adoré des élèves.
Henri Bisson sait tout faire : depuis les plâtres qu'il coule
lui-même dans son salon jusqu'aux lampadaires en fer
forgé qu'on trouvera dans quelques années sur le
perron de l'église
Saint Stanislas-de-Kosta sur le boulevard St-Joseph, en
passant par la photographie dont il a enrichi la pratique en
construisant son propre appareil à soufflet.
Outre qu'il enseigne les matières obligatoires comme le
français et les mathématiques, Bisson donne des cours
de dessin à St-Louis-de-Gonzague. Aux plus doués, ce
peintre du dimanche, diplômé de l'École des
Beaux-Arts de Montréal et 'patenteux' à ses heures,
offre la posibilité de suivre des leçons
particulières. C'est ainsi que Riopelle s'initie à la
'belle peinture à l'huile', chez M. Bisson qui, à 35
ans, est marié et père de 5 enfants.
L'artiste le reçoit parmi ses nus aux formes parfaites qu'il
exécute dans le style art déco en vogue à
cette époque. Sculpteur avant tout, Bisson privilégie
le plâtre, d'autant plus qu'il n'a pas les moyens de s'offrir
le bronze. Cela ne l'empêche pas de peindre
énormément, dans un style très
académique, des natures mortes ou des scènes de
genre, qu'il expose ensuite fièrement dans les salons de la
ville.
Maître et élève se voient tous les Week-Ends.
Vêtus de leurs blouses blanches de laborentins qui leur
donnent une allure d'hommes de sciences, tous deux s'installent
derrière leur chevalet, palette et pinceau au poing.
Bisson aime travailler d'après modèle. Il lui arrive
de faire poser des jeunes femmes chez lui, parfois dans le plus
simple appareil, ce qui lui a atiré la réprobation
des autorités religieuses. La plupart du temps, il se
contente d'une nature morte dont il dispose les
éléments devant eux dans une sorte de
représentation symbolique. Très souvent, il invite
son compagnon à le suivre dans la campagne environnante pour
une scéance en pleine nature. L'essentiel étant
toujours de reproduire le plus fidèlement possible ce qu'ils
voient.
Sa vocation d'artiste n'ayant jamais empêché ce
Beauceron de demeurer homme des bois, Bisson retourne chaque
automne dans son coin de pays pour une partie de chasse. De ces
expéditions qu'il effectue dans les chemins de la drave, il
revient presque toujours les besaces pleines. Chevreuils, perdrix,
sarcelles, lièvres s'entassent dans sa Nash Lafayette avant
d'aboutir sur la table de sa cuisine où ils font parfois
l'objet d'une esquisse avant de finir dans l'assiette. Car
l'artiste est aussi un excellent cuisinier.
Pour Riopelle dont la jeune imagination absorbe ces images comme un
buvard, Bisson représente autant la peinture que la chasse,
deux activités qui demeurent intrinsèquement
liées dans son esprit.
À l'instar de son maître, Riopelle passera un jour du
pinceau à la gouge, puis de la gouge au fusil. Cette
polyvalence de patenteux le suivra durant toute la seconde
moitié de sa carrière. Comme si Bisson, qu'il
oubliera pour mieux s'en souvenir ensuite, avait
déclenché chez lui un processus irréversible,
une sorte d'illumination fondamentale.'
Extrait du livre d'Hélène De Billy